Méthode HACCP

Règles d'hygiène en cuisine : les bonnes pratiques, geste par geste

Les règles d'hygiène en cuisine, ou bonnes pratiques d'hygiène, couvrent sept familles : mains et tenue, état de santé, réception et stockage, froid et chaud, cru et cuit, nettoyage, nuisibles et déchets. Le règlement (CE) n° 852/2004 les impose à toute cuisine professionnelle.

Vérifié le 6 octobre 2026 au regard de : Règlement (CE) n° 852/2004, article 4 et annexe II, chapitres I, II, V, VI, VIII, IX, XI bis et XII

Formation hygiène alimentaire à Paris : les 14 heures obligatoires, dont 10 heures en ligne et 4 heures en salle, 349 € net de taxe.

Publié le 6 octobre 2026 · 11 min de lecture · Par Équipe pédagogique Hygiène 14

Inspecteur présentant sa carte professionnelle à une cuisinière au début d'un contrôle sanitaire

Ce que recouvrent les bonnes pratiques d'hygiène

Les bonnes pratiques d'hygiène, que les professionnels abrègent en BPH, sont les règles permanentes d'une cuisine. Elles s'appliquent tous les jours, à tous les postes, quel que soit le plat. Elles forment le socle sur lequel repose ensuite la méthode HACCP, qui traite les dangers propres à chaque recette.

Ces règles ne sont pas une coutume de métier. L'article 4 du règlement (CE) n° 852/2004 oblige tout exploitant du secteur alimentaire, du food truck à la brasserie, à se conformer aux règles générales d'hygiène de son annexe II. Le texte fixe des objectifs plus que des moyens : il dit qu'une denrée doit être protégée de toute contamination, pas comment ranger votre chambre froide.

Le passage des objectifs aux gestes, c'est le rôle des guides de bonnes pratiques d'hygiène validés par l'administration. Le même règlement prévoit que les exploitants peuvent s'en servir pour remplir leurs obligations. Les suivre n'est pas obligatoire, mais c'est le moyen le plus simple de démontrer en contrôle que vos pratiques atteignent les objectifs du texte.

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, article 4, paragraphes 2 et 6, et annexe II.

Les sept familles de règles, en un tableau

Le tableau reprend l'annexe II chapitre par chapitre et la traduit en une règle de base par famille. C'est la grille qu'un inspecteur a en tête quand il traverse une cuisine, du quai de livraison au passe.

FamilleRègle de baseOù c'est écrit
Mains et tenueLavabos réservés aux mains, avec eau courante chaude et froide, de quoi se laver et se sécher de façon hygiénique ; tenue propre et adaptéeAnnexe II, chapitre I, point 4, et chapitre VIII, point 1
État de santéUne personne atteinte de diarrhée, de plaie infectée ou d'une maladie transmissible par les aliments ne manipule pas les denrées et prévient l'exploitantAnnexe II, chapitre VIII, point 2
Réception et stockageRefuser une matière première dont on sait ou suppose qu'elle est contaminée ; conserver chaque denrée à l'abri de toute contaminationAnnexe II, chapitre IX, points 1 et 2
Froid et chaudNe jamais interrompre la chaîne du froid ; réfrigérer dès que possible après cuisson ce qui sera servi froidAnnexe II, chapitre IX, points 5 et 6
Cru et cuitOrganiser les locaux et le travail pour prévenir la contamination entre et durant les opérationsAnnexe II, chapitre II, point 1, et chapitre IX, point 3
NettoyageNettoyer et, le cas échéant, désinfecter le matériel à une fréquence suffisante ; ranger les produits d'entretien hors des zones de manipulationAnnexe II, chapitre V, point 1, et chapitre I, point 10
Nuisibles et déchetsLutter contre les nuisibles par des méthodes adéquates ; retirer les déchets au plus vite, dans des conteneurs fermésAnnexe II, chapitre IX, point 4, et chapitre VI

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II.

Quand faut-il se laver les mains en cuisine ?

À chaque bascule entre une source de germes et un aliment, aux moments listés plus bas. Les mains touchent la viande crue, la poignée de la chambre froide, le téléphone, puis la salade qui ne sera jamais cuite. L'Anses les décrit comme le support qui permet le mieux aux micro-organismes de circuler dans une cuisine. C'est pour cela que le lavage des mains revient dans presque toutes les autres règles.

Le règlement impose l'équipement : des lavabos en nombre suffisant, judicieusement situés, réservés au lavage des mains, alimentés en eau courante chaude et froide, avec de quoi se laver et se sécher de façon hygiénique. Le geste, lui, dépend de l'équipe. Il se fait à des moments précis, que chacun doit connaître sans avoir à réfléchir.

  • À la prise de poste, une fois la tenue enfilée
  • Après un passage aux toilettes, sans exception
  • Après avoir manipulé de la viande, du poisson, des œufs ou des légumes terreux crus
  • Après avoir touché des déchets, des emballages de livraison ou du linge sale
  • Après s'être mouché, avoir toussé dans sa main ou s'être touché le visage
  • Avant de manipuler un produit prêt à consommer : salade, dessert, sandwich, assiette dressée

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre I, point 4.

Le staphylocoque doré : le danger que l'on ne voit pas

Le staphylocoque doré illustre l'enjeu mieux que tout discours. D'après la fiche que lui consacre l'Anses, il est porté dans le nez par 20 à 55 % des personnes et sur les mains par environ 10 % d'entre elles, la plupart du temps sans le moindre symptôme. Un cuisinier en parfaite santé peut donc le transporter.

Le danger vient de ses toxines. Quand la bactérie se multiplie dans un aliment manipulé après cuisson, elle produit des entérotoxines thermostables : une fois formées, la cuisson et le réchauffage ne suffisent plus à les éliminer. Elles provoquent des vomissements brutaux entre 30 minutes et 8 heures après le repas, 3 heures en moyenne.

L'Anses en tire des recommandations simples pour les professionnels : lavage rigoureux des mains, port d'une coiffe, et éviction de la manipulation des denrées non emballées pour toute personne dont les lésions cutanées ne sont pas correctement couvertes, gants adaptés compris. Elle précise aussi que dépister le portage lors des visites médicales n'est pas utile : c'est l'application des bonnes pratiques qui protège.

Référence : Anses, fiche Staphylococcus aureus et entérotoxines staphylococciques, mise à jour mars 2022.

Santé et tenue : ce que le salarié doit dire, ce que l'employeur doit prévoir

Toute personne qui travaille dans une zone de manutention de denrées respecte un niveau élevé de propreté personnelle et porte une tenue adaptée et propre. Le texte ne dresse pas la liste des vêtements : c'est à l'établissement de la fixer, et à l'employeur de mettre la tenue à disposition.

La règle sur la santé est plus précise. Une personne atteinte d'une maladie transmissible par les aliments ou qui en est porteuse, ou qui souffre par exemple de plaies infectées, d'infections ou lésions cutanées ou de diarrhée, ne doit pas être autorisée à manipuler les denrées ni à entrer en zone de manutention, à quelque titre que ce soit, dès lors qu'il existe un risque de contamination. Elle doit en outre informer immédiatement l'exploitant de sa maladie ou de ses symptômes.

La gastro-entérite virale montre pourquoi. L'Anses rappelle, dans sa fiche sur les norovirus, que le personnel qui présente des symptômes doit être incité à ne pas manipuler d'aliments, que la réfrigération et la congélation n'ont aucun effet sur ces virus, et que leur excrétion atteint un pic entre 3 et 10 jours selon les personnes. Un retour au poste se prépare donc avec un lavage des mains encore plus rigoureux.

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre VIII ; Anses, fiche Norovirus, mise à jour juin 2022.

Quelles températures respecter en cuisine ?

Quatre seuils et un repère : + 3 °C au plus pour les préparations faites à l'avance, + 2 °C pour la viande hachée, + 4 °C pour les ovoproduits, + 63 °C au moins pour un plat servi chaud, et moins de 2 heures pour refroidir un plat cuit. Ce sont les valeurs des fiches de relevé, que l'inspecteur vérifie à la sonde.

Les quatre seuils viennent de l'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009 et valent pour tout restaurant. Le repère du refroidissement figure à l'annexe IV du même arrêté, qui ne vise pas la restauration commerciale : pour un restaurant, c'est un repère, que l'Anses recommande contre Bacillus cereus.

SituationValeurTexte
Préparations culinaires élaborées à l'avance : sauces, plats cuisinés maison+ 3 °C au maximumArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Viandes hachées+ 2 °C au maximumArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Ovoproduits, hors produits UHT+ 4 °C au maximumArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Plats servis chauds+ 63 °C au minimumArrêté du 21 décembre 2009, annexe I
Refroidissement d'une préparation cuite destinée à être conservéeDe + 63 °C à + 10 °C à cœur en moins de deux heuresArrêté du 21 décembre 2009, annexe IV : repère recommandé par l'Anses

Référence : Arrêté du 21 décembre 2009, annexes I et IV.

Le cru et le cuit : séparer dans l'espace ou dans le temps

Le règlement demande que la conception des locaux permette de prévenir la contamination entre et durant les opérations. Il ne demande pas deux cuisines. Quand la place manque, on sépare dans le temps : les opérations sales d'abord, puis le nettoyage et la désinfection du poste, puis les opérations propres.

La séparation se joue surtout dans les petits gestes. Une planche, un couteau, une lavette ou une étagère de chambre froide peuvent faire passer en quelques secondes ce que la viande crue a apporté vers un dessert ou une salade.

  • Planches et couteaux distincts pour le cru et le prêt à consommer, ou nettoyés et désinfectés entre deux usages
  • Produits crus rangés sous les produits prêts à consommer, dans des bacs fermés
  • Lave-mains distinct de l'évier où l'on lave les légumes, comme le prévoit le règlement en cas de besoin
  • Préparations froides faites avant la découpe des viandes crues, ou sur un autre poste
  • Liquide de décongélation recueilli dans un bac et évacué, jamais laissé couler

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre II, point 1, et chapitre IX, points 3 et 7.

Nettoyage, nuisibles, déchets : la routine qui ne se négocie pas

Tout article, installation ou équipement en contact avec les denrées doit être effectivement nettoyé et, le cas échéant, désinfecté, à une fréquence suffisante pour éviter tout risque de contamination. Le plan de nettoyage traduit cette exigence : quoi, avec quel produit, à quelle dilution, à quelle fréquence, par qui.

Les produits de nettoyage et de désinfection ne sont pas entreposés dans les zones où les denrées sont manipulées. Les substances dangereuses portent un étiquetage approprié et se rangent dans des conteneurs sûrs et séparés. En clair : pas de flacon sans étiquette, pas de dégraissant transvasé dans une bouteille d'eau, pas de bidon sous le plan de travail.

Les déchets alimentaires sont retirés aussi vite que possible des locaux où se trouvent des denrées, dans des conteneurs dotés d'une fermeture. La lutte contre les nuisibles repose sur des méthodes adéquates, et les animaux domestiques n'ont pas accès aux endroits où l'on prépare ou stocke des aliments.

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre V, point 1, chapitre I, point 10, chapitre VI et chapitre IX, points 4 et 8.

La règle la plus récente : une culture de la sécurité alimentaire

Depuis le règlement (UE) 2021/382, l'annexe II comporte un chapitre XI bis. Les exploitants mettent en place et maintiennent une culture de la sécurité alimentaire appropriée, et doivent pouvoir en apporter la preuve. Le texte en donne les éléments : engagement de la direction et de tous les employés, sensibilisation de chacun aux risques, communication ouverte des écarts, ressources suffisantes pour travailler proprement. Il précise que cette culture tient compte de la nature et de la taille de l'entreprise.

Dans un restaurant, cela se voit à des choses simples. Les rôles sont clairs : qui relève les températures, qui signe le plan de nettoyage. Un commis peut signaler une chambre froide qui chauffe sans craindre de se faire reprendre. Le responsable vérifie que les enregistrements sont tenus et que chacun a reçu les instructions adaptées à son poste, comme l'exige le chapitre XII.

Dans la formation hygiène alimentaire (HACCP) d'Hygiène 14, ces règles sont d'abord vues pendant les 10 heures à distance, dans la leçon consacrée aux bonnes pratiques d'hygiène. Elles sont ensuite pratiquées pendant les 4 heures en salle, à Paris : prise de température à cœur au thermomètre sonde, dosage d'un produit d'entretien selon sa fiche technique, repérage des croisements entre circuits propre et sale sur un plan de cuisine.

Référence : Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitres XI bis et XII ; règlement (UE) 2021/382.

Questions fréquentes sur ce sujet

Quelles sont les règles d'hygiène de base en cuisine ?
Se laver les mains aux bons moments, porter une tenue propre, écarter les personnes malades, refuser une denrée douteuse, tenir le froid et le chaud, séparer le cru du prêt à consommer, nettoyer à une fréquence suffisante, ranger les produits d'entretien hors des zones de préparation, lutter contre les nuisibles et sortir les déchets.
Les bonnes pratiques d'hygiène sont-elles obligatoires ?
Oui. Elles découlent de l'annexe II du règlement (CE) n° 852/2004, qui s'applique à toute cuisine professionnelle. Ce qui est facultatif, c'est le moyen : suivre le guide de bonnes pratiques de son secteur, ou démontrer autrement que l'objectif est atteint.
Quelle différence entre bonnes pratiques d'hygiène et HACCP ?
Les bonnes pratiques sont le socle permanent, commun à toutes les cuisines. La méthode HACCP vient ensuite : elle analyse les dangers de vos recettes et fixe des points à surveiller. Sans le socle, la méthode ne tient pas.
Faut-il afficher les règles d'hygiène en cuisine ?
Aucun texte n'impose d'afficher les règles d'hygiène elles-mêmes. Certains documents au poste sont en revanche exigés selon l'activité, comme le guide de couleur des frites, et des fiches bien placées aident l'équipe à tenir les gestes.
Un salarié malade peut-il travailler en cuisine ?
Pas s'il existe un risque de contaminer les aliments : diarrhée, plaie infectée, infection de la peau. Le règlement lui interdit alors la zone de manipulation et l'oblige à prévenir l'exploitant de ses symptômes.

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