Ce que les textes fixent vraiment, et ce qu'ils laissent à l'exploitant
Beaucoup d'exploitants cherchent un tableau unique qui donnerait toutes les températures de tous les produits. Ce tableau n'existe pas, parce que les seuils ne viennent pas d'un seul texte. Le règlement (CE) n° 853/2004 fixe les températures de certaines denrées d'origine animale, l'arrêté du 21 décembre 2009 fixe celles qui relèvent du droit national pour le commerce de détail, l'entreposage et le transport, et pour tout le reste, c'est la température indiquée par le fabricant sur son étiquette qui s'impose.
Cette troisième source est la plus fréquente et la plus oubliée. Le règlement (CE) n° 852/2004, à son annexe II, chapitre IX, impose que les denrées soient conservées dans des conditions propres à éviter leur détérioration et leur contamination, ce qui renvoie aux conditions de conservation définies par celui qui a mis le produit sur le marché. Quand une étiquette porte une température maximale, elle devient la règle applicable à ce produit dans votre établissement, même si elle est plus basse que le seuil réglementaire général.
Ce que les textes ne fixent pas est tout aussi structurant. Ils n'imposent ni une fréquence de relevé, ni un modèle de fiche, ni un nombre de sondes, ni une durée de conservation des enregistrements. Ces éléments relèvent de l'analyse des dangers que l'exploitant conduit au titre de l'article 5 du règlement (CE) n° 852/2004. Autrement dit : ce n'est pas parce qu'aucun texte n'exige un relevé quotidien qu'un relevé absent passera en contrôle. C'est que la justification vous appartient.
| Famille de produits | Température maximale | Source |
|---|---|---|
| Viandes hachées réfrigérées | +2 °C | Règlement (CE) n° 853/2004, annexe III |
| Préparations de viandes réfrigérées | +4 °C | Règlement (CE) n° 853/2004, annexe III |
| Abats | +3 °C | Règlement (CE) n° 853/2004, annexe III |
| Produits de la pêche frais | Température de la glace fondante | Règlement (CE) n° 853/2004, annexe III, section VIII |
| Préparations culinaires élaborées à l'avance, réfrigérées | +3 °C | Arrêté du 21 décembre 2009 |
| Denrées maintenues chaudes en attente de service | +63 °C au minimum | Arrêté du 21 décembre 2009 |
| Tout autre produit préemballé | Celle portée sur l'étiquette du fabricant | Règlement (CE) n° 852/2004, annexe II, chapitre IX |
Là où l'erreur coûte cher
Quand deux sources donnent deux valeurs pour le même produit, c'est la plus contraignante qui s'applique. Une étiquette qui indique une conservation à +2 °C ne devient pas modifiable parce que le seuil réglementaire général est plus élevé : le fabricant a validé sa durée de vie à cette température, et vous vous en écartez sans aucune base.
La réception : les seules minutes où le refus est encore possible
La réception est le seul point de la chaîne où une denrée non conforme peut encore quitter l'établissement sans coût sanitaire. Passé le déchargement, tout ce qui entre devient le problème de l'exploitant, y compris ce que le fournisseur a mal transporté. C'est pour cette raison que le contrôle à réception est traité, dans presque tous les plans de maîtrise sanitaire, comme un point de maîtrise à part entière, avec une limite, une surveillance et une correction.
Le déroulement tient en cinq gestes, toujours dans le même ordre. Vérifier l'état du véhicule et la propreté de la zone de chargement avant que quoi que ce soit ne descende. Contrôler l'intégrité des emballages, en écartant tout ce qui est percé, écrasé, souillé ou décongelé en surface. Relever les températures, produit par famille et non camion par camion. Vérifier les mentions : numéro de lot, date limite de consommation ou date de durabilité minimale, marque d'identification ovale pour les produits d'origine animale. Enfin, décider, et écrire la décision.
L'erreur la plus fréquente n'est pas de mal mesurer, c'est de mesurer après avoir signé. Un bon de livraison signé sans réserve vaut acceptation, et la discussion avec le fournisseur devient beaucoup plus difficile quarante minutes plus tard, quand la palette est déjà en chambre froide. La règle de conduite est simple : on ne signe rien avant d'avoir relevé, et la personne qui signe est celle qui a relevé.
- Une zone de réception dégagée, identifiée, nettoyée avant l'arrivée, et jamais utilisée comme zone de stockage tampon.
- Un thermomètre à sonde propre et désinfecté, plus un thermomètre infrarouge pour les contrôles de surface rapides.
- Le carnet ou la tablette de réception ouvert avant l'arrivée du camion, pas rempli le soir de mémoire.
- Une décision possible et assumée : refuser tout ou partie d'une livraison est un acte normal, pas un incident.
Prendre une température à réception sans abîmer la marchandise
Le thermomètre infrarouge mesure une surface, pas un cœur. Il est excellent pour repérer une anomalie en quelques secondes sur une palette entière, et insuffisant pour établir qu'un produit est conforme. Une surface à +6 °C sur un carton qui vient d'être manipulé au soleil ne dit pas que le produit est à +6 °C, et l'inverse est vrai aussi : une surface froide peut recouvrir un cœur remonté.
La sonde à pénétration donne la valeur qui compte, mais elle perce l'emballage, et percer un emballage sous vide ou sous atmosphère modifiée détruit la conservation du produit. La méthode admise consiste donc à mesurer entre deux produits, en glissant la sonde entre deux paquets serrés et en attendant la stabilisation, ou à sacrifier un produit prélevé au hasard lorsque le doute est réel. Le sacrifice d'une unité est une dépense, pas une perte : c'est la seule mesure opposable.
Trois précautions rendent la mesure défendable. Désinfecter la sonde entre deux familles de produits, sans quoi la mesure devient elle-même un vecteur de contamination croisée. Attendre la stabilisation complète de l'affichage, ce qui prend souvent plus longtemps que la patience d'un matin de livraison. Et vérifier périodiquement la justesse du thermomètre, par comparaison avec un appareil de référence ou dans un mélange d'eau et de glace fondante, en consignant la vérification. Un relevé pris avec un appareil dont rien n'atteste la justesse ne prouve rien.
Là où l'erreur coûte cher
Un thermomètre qui n'a jamais été vérifié transforme des mois de relevés en dossier sans valeur. La vérification n'a pas besoin d'être une opération de laboratoire : un contrôle dans la glace fondante, daté et signé, à une fréquence que vous avez fixée, suffit à établir que vous surveillez votre instrument de surveillance.
Refuser, accepter sous réserve, accepter : trois décisions, trois traces
Le refus est simple à écrire et difficile à assumer un jour de rush. Il s'impose lorsque la température relevée dépasse le seuil applicable au produit, lorsque l'emballage est rompu, lorsque la date est dépassée ou trop courte pour l'usage prévu, ou lorsque des produits crus ont voyagé au contact direct de produits prêts à consommer. Le refus se note sur le bon de livraison, en présence du livreur, avec la quantité, le motif et la température relevée. Une photographie du relevé et du produit renforce le dossier sans effort.
L'acceptation sous réserve est la voie intermédiaire, utile quand l'écart est faible et le produit destiné à une cuisson immédiate. Elle n'est pas un blanc seing : elle suppose une consigne écrite disant quel écart est tolérable, pour quels produits, et ce qui est fait de la marchandise ensuite. Une réserve qui ne débouche sur aucune action est une acceptation déguisée, et elle se lit comme telle.
L'acceptation ordinaire mérite elle aussi une trace, même brève. La mention de la date, du fournisseur, du numéro de lot, des familles contrôlées et des températures relevées constitue le lien de traçabilité amont exigé par l'article 18 du règlement (CE) n° 178/2002. C'est ce lien qui permet, le jour d'un rappel, de dire en quelques minutes si le lot concerné est entré chez vous, ce qu'il en reste et où il est parti.
- Refus total : quantité, motif, température, signature du livreur, mention portée sur le bon.
- Refus partiel : les mêmes éléments, plus l'identification précise des unités refusées.
- Acceptation sous réserve : le seuil de tolérance appliqué, la destination du produit, le délai d'utilisation imposé.
- Acceptation : lot, date, famille, température, initiales de la personne qui a contrôlé.
Le stockage : ranger n'est pas conserver
Une chambre froide bien réglée peut abriter un désordre sanitaire complet. Le rangement n'est pas une question d'esthétique : il porte trois fonctions distinctes que l'on confond souvent. Séparer les produits crus des produits prêts à consommer, pour éviter le transfert de germes. Séparer les statuts, pour ne pas remettre en service ce qui a été écarté. Rendre visibles les dates, pour que la rotation se fasse toute seule au lieu de dépendre de la mémoire du dernier arrivé.
La règle de hauteur est la plus universelle et la plus simple à contrôler : ce qui est prêt à consommer se range au dessus, ce qui est cru se range en dessous. Un jus qui coule d'un bac de volaille tombe alors sur un autre produit cru, qui subira une cuisson. La même règle appliquée dans l'autre sens transforme un incident invisible en contamination directe d'un produit qui sera mangé tel quel.
La rotation par premier entré, premier sorti reste la méthode de référence, à condition qu'elle porte sur les dates et non sur les rangs. Un produit reçu hier avec une date courte doit sortir avant un produit reçu avant hier avec une date longue. C'est pour cette raison que le repère utile n'est pas l'ordre d'arrivée mais la date limite lisible depuis l'allée, sans avoir à déplacer trois bacs.
- Rien à même le sol : ni carton, ni bac, ni cageot, y compris pendant un réassort.
- Cartons de transport retirés dès que possible, parce qu'ils viennent d'un quai et n'ont rien à faire en zone de stockage propre.
- Produits entamés transvasés, filmés, étiquetés avec la date d'ouverture et la date limite d'utilisation que vous avez fixée.
- Une zone identifiée pour les produits non conformes ou en attente de décision, physiquement séparée et signalée.
- Un espace d'air suffisant autour des grilles de ventilation : une chambre froide surchargée ne descend plus en température, quel que soit son affichage.
Là où l'erreur coûte cher
L'afficheur d'un meuble froid indique la température de l'air à l'endroit où la sonde de la machine est placée, pas celle du produit. Un relevé pris au produit, une fois par jour, sur le point le plus défavorable du meuble, vaut mieux que dix relevés recopiés sur l'écran. Et un écart entre les deux valeurs est une information, pas une contradiction à cacher.
Le froid négatif : ce que la congélation ne rattrape jamais
La congélation arrête la multiplication microbienne, elle ne la remonte pas. Un produit congelé alors qu'il était déjà chargé en germes redeviendra, à la décongélation, exactement ce qu'il était, avec une structure abîmée en plus. C'est la raison pour laquelle congeler un produit dont la date approche est une pratique à encadrer strictement plutôt qu'une solution d'économie.
Le seuil de conservation des produits surgelés est de moins dix huit degrés, et il vaut pour la conservation comme pour le transport. Il ne se négocie pas à la baisse en fin de journée sous prétexte que le groupe froid peine. Une élévation même brève dans un congélateur se lit ensuite sur le produit, par le givre qui se forme entre le sachet et la denrée, indice fiable d'un cycle de dégel et de recongélation.
La congélation de produits par l'établissement lui même est possible, elle n'est pas libre. Elle suppose un équipement capable de traverser rapidement la plage de températures favorable aux germes, une procédure écrite, un étiquetage portant la nature du produit, la date de congélation et la durée de conservation retenue, et une justification de cette durée. Recongeler un produit décongelé est en revanche à exclure, et cette interdiction interne doit figurer noir sur blanc dans les consignes, parce qu'elle est la première contournée quand une commande annulée laisse dix kilos sur les bras.
La décongélation : quatre méthodes, une seule mauvaise
Décongeler en enceinte réfrigérée est la méthode de référence : lente, régulière, elle maintient la surface du produit dans une plage où rien ne se développe pendant que le cœur remonte. Elle demande de l'anticipation et de la place, deux ressources rares, ce qui explique la fréquence des alternatives improvisées.
Décongeler en cuisson directe est admis pour beaucoup de produits, et parfois recommandé : une pièce qui passe sans transition du congélateur à la cuisson ne séjourne jamais dans la zone de risque. Le point de vigilance est la cuisson à cœur, qui demande un temps plus long et une vérification effective, pas une estimation visuelle. Le four à micro ondes en position décongélation est acceptable à condition que la cuisson suive immédiatement, parce que cette méthode crée des zones tièdes.
Décongeler à température ambiante, sur un plan de travail ou dans un évier, est la seule méthode réellement à proscrire. La surface du produit passe des heures dans la plage favorable aux germes pendant que le cœur reste gelé, et l'exsudat qui s'écoule contamine tout ce qu'il touche. C'est aussi l'une des non conformités les plus simples à constater en contrôle, puisqu'elle se voit d'un coup d'œil.
Là où l'erreur coûte cher
Un produit décongelé n'a plus la date de durabilité inscrite sur son emballage d'origine. Il porte la durée que vous lui attribuez à partir de sa décongélation, et cette durée doit être écrite, courte, et justifiable. L'étiquette d'origine conservée sur un produit décongelé est un piège : elle affiche une date qui ne veut plus rien dire.
La rupture de froid : l'arbre de décision s'écrit avant, pas pendant
Une panne de groupe froid, une porte restée entrouverte, une coupure de courant nocturne : la question n'est jamais de savoir si cela arrivera, mais si quelqu'un saura décider quand cela arrivera, souvent à sept heures du matin, seul, avec un service à assurer. La différence entre un établissement qui s'en sort et un autre tient à une feuille écrite en amont.
Cette feuille doit répondre à quatre questions dans l'ordre. Depuis combien de temps la rupture dure t elle, ce qui suppose un enregistreur ou, à défaut, un raisonnement documenté sur le dernier relevé connu. Quelle température a été atteinte, mesurée au produit et non sur l'écran. Quelle est la nature des produits concernés, un produit prêt à consommer et un produit destiné à une cuisson longue n'appelant pas la même décision. Et enfin, quelle destination est retenue : maintien, utilisation immédiate après cuisson, ou retrait.
La règle qui tranche les cas douteux est celle de l'article 14 du règlement (CE) n° 178/2002 : une denrée ne doit pas être mise sur le marché si elle est dangereuse, et son caractère dangereux s'apprécie au regard des conditions normales d'utilisation. Un doute sérieux et non levé sur une denrée prête à consommer ne se règle donc pas par une décote ou une utilisation en famille du personnel : il se règle par le retrait, tracé.
| Situation constatée | Décision usuelle | Ce qui doit être écrit |
|---|---|---|
| Écart bref, produit destiné à une cuisson à cœur le jour même | Utilisation immédiate après cuisson | Heure, température au produit, destination, personne qui décide |
| Écart prolongé ou de durée inconnue, produit prêt à consommer | Retrait | Motif, quantité, lots, filière d'élimination, date |
| Congélateur remonté au dessus du seuil, givre entre sachet et produit | Retrait | Constat, lots concernés, décision, signature |
| Panne réparée, produits restés conformes au relevé | Maintien | Relevés avant et après, intervention réalisée, contrôle de retour à la normale |
La remise en température : une obligation de résultat et un repère d'une heure
Pour un restaurant, le texte qui s'impose est le règlement (CE) n° 852/2004 : une préparation ne doit pas séjourner à une température qui présente un risque pour la santé, et la chaîne du froid ne doit pas être interrompue (annexe II, chapitre IX). Il ne donne aucune durée. Le chiffre d'usage est un repère de bonne pratique, repris par les guides de bonnes pratiques d'hygiène : remonter de dix à soixante trois degrés en une heure au plus, puis tenir au moins soixante trois degrés jusqu'au service. Ce dernier seuil, lui, est fixé par l'annexe I de l'arrêté du 21 décembre 2009. C'est l'une des étapes les moins bien tenues, parce que la plupart des matériels utilisés pour maintenir au chaud ne savent pas faire monter un plat.
Le point technique est là : une armoire chauffante, un bain marie ou une vitrine chaude sont conçus pour maintenir une température, pas pour la faire monter. Y placer un bac sortant du froid produit exactement ce que la règle vise à éviter, un long séjour dans la plage favorable aux germes. La remise en température se fait au four, en cellule de remise en température, ou sur un matériel dont la puissance a été vérifiée sur le produit réel, dans le contenant réellement utilisé, avec la quantité réellement servie.
La validation de cette étape est un travail à faire une fois, sérieusement, puis à conserver. On prend le plat le plus défavorable, la quantité maximale, le contenant habituel, et on relève la montée en température au cœur toutes les dix minutes jusqu'à l'atteinte du seuil. Le relevé obtenu devient la preuve que votre matériel tient le repère retenu dans votre plan de maîtrise sanitaire, et il fixe la consigne quotidienne : à partir de ce jour, l'équipe n'a plus à mesurer chaque plat, elle applique un temps validé et contrôle par sondage.
Là où l'erreur coûte cher
Le maintien à soixante trois degrés au minimum vaut pour toute la durée du service. Un plat remis en température correctement puis laissé une heure dans un matériel qui plafonne à cinquante cinq degrés a perdu le bénéfice de la remise en température. Le contrôle porte sur la valeur au moment du service, pas sur l'intention de départ.
Le transport entre deux de vos sites : vous devenez transporteur
Dès qu'une préparation quitte le site où elle a été produite pour rejoindre un autre site, une réception, un point de vente ou un client, l'établissement exerce une activité de transport de denrées, et les conditions de température applicables sont celles de la conservation, sans dérogation créée par le fait que le trajet est court. L'arrêté du 21 décembre 2009 couvre expressément le transport, au même titre que l'entreposage et le commerce de détail.
Trois configurations se rencontrent. Le transport en liaison froide, où le produit refroidi est maintenu au froid jusqu'à sa remise en température sur le lieu de consommation. Le transport en liaison chaude, où le produit est maintenu au dessus du seuil pendant tout le trajet, ce qui suppose un matériel réellement chauffant et non un simple contenant isotherme. Et le transport de produits stables, qui ne pose pas de difficulté thermique mais reste soumis aux règles de protection et de propreté.
Le contenant isotherme non alimenté en énergie est la source d'illusion la plus répandue. Il ralentit les échanges, il ne produit ni froid ni chaleur. Son usage n'est défendable que si vous avez mesuré, une fois, la dérive réelle de température sur la durée maximale de vos trajets, avec la charge minimale, celle qui refroidit ou se réchauffe le plus vite. Cette mesure vaut validation, elle se conserve, et elle fixe une durée de trajet au delà de laquelle le contenant ne suffit plus.
- Un relevé de température au départ, systématique, porté sur le document qui accompagne la marchandise.
- Un relevé à l'arrivée, réalisé par celui qui reçoit, pas par celui qui livre.
- Un véhicule dont l'espace de chargement est nettoyable, nettoyé, et réservé aux denrées.
- Une séparation physique entre denrées crues et denrées prêtes à consommer pendant le trajet.
- Une durée maximale de trajet fixée par écrit, cohérente avec la validation du contenant.
Ce qui se documente, sous quelle forme, et pendant combien de temps
Aucun texte n'impose un modèle de fiche ni une durée d'archivage des relevés de température en restauration. Cette liberté déroute, et elle conduit deux erreurs opposées : l'établissement qui n'enregistre rien, et celui qui enregistre tout au point de ne plus rien exploiter. La question utile n'est pas combien de cases remplir, mais qu'est ce que ces enregistrements doivent permettre de démontrer.
Ils doivent démontrer trois choses. Que la surveillance existe, c'est à dire qu'elle a lieu à la fréquence que vous avez vous même fixée. Que les écarts sont détectés, ce qui suppose que des écarts apparaissent parfois dans vos relevés : une année de valeurs parfaitement identiques est le signal le plus reconnaissable d'un registre rempli d'avance. Et que les écarts détectés ont donné lieu à une action, ce qui est le seul point réellement décisif.
En pratique, une durée d'archivage de l'ordre de la durée de vie des produits augmentée d'une marge confortable est un choix défendable, et beaucoup d'exploitants retiennent un an pour les relevés courants. Le support importe peu : papier classé, tableur, ou enregistreur connecté qui archive automatiquement. Un enregistreur présente l'avantage de capter les nuits et les week ends, où se produisent la plupart des pannes, et l'inconvénient de produire une masse de données que personne ne relit. La parade est de configurer une alerte plutôt que de compter sur la relecture.
Ce que le contrôle regarde en premier sur cette chaîne
L'entrée en matière est presque toujours la même : une sonde, un meuble froid, un produit. La valeur relevée à ce moment là est confrontée à votre dernier enregistrement, et c'est la cohérence entre les deux qui informe l'agent, plus que la valeur elle même. Un écart de température assorti d'une fiche de non conformité renseignée le matin est un établissement qui maîtrise. La même température avec un registre affichant des valeurs parfaites est un établissement qui recopie.
Vient ensuite la traçabilité : un produit ouvert, sans étiquette de transfert, dans un bac non identifié, ouvre une série de questions auxquelles personne ne peut répondre. Puis la cohérence entre ce que dit la procédure et ce que fait l'équipe : un plan de maîtrise sanitaire qui décrit une cellule de refroidissement dans un établissement qui n'en possède pas se retourne contre son auteur, parce qu'il établit que la procédure n'a jamais été appliquée.
Enfin, la question des personnes. Qui a relevé, qui décide en cas d'écart, qui remplace cette personne le dimanche. La chaîne du froid est une chaîne de responsabilités autant qu'une chaîne de températures, et un dispositif qui repose entièrement sur une personne présente six jours sur sept est un dispositif fragile, quelle que soit la qualité de ses relevés.
Cas concrets
La livraison acceptée à sept heures, contrôlée à neuf
Un livreur arrive avant l'ouverture de la cuisine. La palette est déposée en réserve, le bon signé par la personne présente, et les températures sont relevées deux heures plus tard, à la prise de poste du responsable.
Le relevé effectué deux heures après le déchargement ne mesure plus la livraison, il mesure la réserve. Il ne permet ni de refuser, ni de mettre en cause le fournisseur, ni d'établir que la marchandise est entrée conforme. Deux réponses coexistent. La première est organisationnelle : caler les créneaux de livraison sur la présence d'une personne habilitée à contrôler et à refuser, ce qui se négocie avec le fournisseur au moment du référencement. La seconde est contractuelle : lorsque la livraison hors présence est inévitable, prévoir un enregistreur de transport dont le relevé est remis avec la marchandise, et écrire dans la procédure que l'absence de ce relevé vaut réserve.
La panne du dimanche découverte le lundi matin
Le groupe froid de la chambre positive s'est arrêté pendant la fermeture du dimanche. L'équipe découvre le lundi une enceinte à quinze degrés, avec des produits crus, des préparations de la semaine et des produits laitiers ouverts.
La durée de la rupture est inconnue, ce qui interdit de raisonner produit par produit sur le temps passé en zone de risque. Les préparations élaborées à l'avance et les produits prêts à consommer relèvent du retrait, sans discussion, en application de l'article 14 du règlement (CE) n° 178/2002. Pour les produits crus destinés à une cuisson à cœur le jour même, une utilisation immédiate reste parfois défendable, mais elle suppose une évaluation écrite et une décision assumée par le responsable, pas une habitude tacite. Dans tous les cas, la séquence se documente : constat horodaté, températures relevées au produit, liste des lots, décision par famille, filière d'élimination, et intervention technique sur le groupe. C'est ce dossier, pas la panne, qui sera regardé.
Le bain marie utilisé comme four
Un établissement produit ses plats la veille, les refroidit correctement, puis place les bacs sortant de la chambre froide directement dans un bain marie une heure avant le service.
Le refroidissement est maîtrisé, la remise en température ne l'est pas. Un bain marie maintient, il ne remonte pas : le bac traverse lentement la plage favorable aux germes, ce que le règlement (CE) n° 852/2004 demande précisément d'éviter, et le repère de bonne pratique d'une heure au plus pour remonter à soixante trois degrés n'est pas tenu. La correction est matérielle et peu coûteuse à l'échelle d'un service : remise en température au four, en bacs de faible épaisseur, puis transfert au bain marie une fois le seuil atteint. La validation se fait une fois, sur le plat le plus épais et la quantité maximale, et le relevé obtenu devient la consigne écrite.
Deux sites, un scooter isotherme et vingt minutes de trajet
Une entreprise exploite une cuisine de production et un comptoir de vente à cinq cents mètres. Les préparations froides sont transférées deux fois par jour dans un caisson isotherme sans production de froid.
Le transfert est un transport de denrées, soumis aux mêmes températures que la conservation. Le caisson isotherme peut suffire, mais rien ne le démontre tant que la dérive n'a pas été mesurée. La démarche tient en une matinée : charger le caisson au minimum de sa capacité, ce qui est le cas le plus défavorable, relever la température au produit au départ puis toutes les cinq minutes pendant le double de la durée habituelle de trajet, et conserver le relevé. Il en sort une durée maximale de transport et une charge minimale à respecter. Si la mesure montre une dérive trop rapide, la réponse n'est pas de raccourcir le trajet mais d'ajouter des plaques eutectiques préalablement conditionnées, dont l'effet se mesure de la même façon.