TraçabilitéPublié le 10 avril 2026 · Mis à jour le 28 juillet 2026 ·11 min de lecturePar Équipe pédagogique Hygiène14

La traçabilité alimentaire : obligations et mise en place

La traçabilité impose de pouvoir dire, pour chaque denrée, de qui elle vient et quand elle est entrée. L'article 18 du règlement (CE) n° 178/2002 exige un pas en amont et un pas en aval, ce dernier s'arrêtant au consommateur final.

Vérifié le 28 juillet 2026 au regard de : Règlement (CE) n° 178/2002, articles 18 et 19

Illustration : traçabilité

Ce que la traçabilité exige, exactement

Le règlement 178/2002 pose une règle dite d'une étape en amont, une étape en aval : vous devez savoir de qui vous avez reçu chaque denrée, et à qui vous l'avez cédée. En restauration servant directement le consommateur final, l'aval s'arrête à la remise du plat : aucun registre nominatif de clients n'est demandé.

L'amont, lui, doit être documenté. Il l'est presque toujours sans effort supplémentaire, par les bons de livraison et les factures : encore faut-il les conserver classés et retrouvables, ce qui est la vraie difficulté.

Référence : Article 18 du règlement (CE) n° 178/2002.

Les documents à conserver

DocumentCe qu'il prouveDurée pratique de conservation
Bons de livraisonOrigine, date d'entrée, quantitésAu moins un an
Factures fournisseursIdentité du fournisseur, traçabilité comptableDurée comptable, dix ans
Étiquettes de lots des produits d'origine animaleNuméro de lot et agrément de l'établissement d'origineJusqu'à consommation, plus une marge
Fiches de contrôle à réceptionTempérature et état à l'arrivéeAu moins un an
Étiquettes de produits entamésDate d'ouverture ou de fabricationJusqu'à écoulement du produit

L'étiquetage des produits entamés, la non-conformité la plus relevée

Dès qu'un produit est sorti de son emballage d'origine, l'information de sa date disparaît. L'étiquette la reconstitue, et son absence est le constat le plus fréquent des inspections en restauration.

Une étiquette utile porte quatre informations et se lit sans hésitation par quelqu'un qui n'a pas fait la préparation.

  • Le nom du produit ou de la préparation
  • La date d'ouverture ou de fabrication
  • La date limite d'utilisation fixée par l'établissement
  • L'identité de la personne, ou du poste, qui a réalisé la préparation

DLC et DDM : deux dates, deux régimes

La date limite de consommation, indiquée par la mention à consommer jusqu'au, concerne les denrées très périssables. Après elle, le produit est réputé dangereux : il ne peut être ni servi, ni conservé, et sa présence en stock est relevée en contrôle.

La date de durabilité minimale, indiquée par à consommer de préférence avant, concerne la qualité. Son dépassement n'interdit pas l'usage, à condition que l'emballage soit intact et le produit conforme organoleptiquement. La décision et sa justification se tracent.

MentionNatureAprès la date
À consommer jusqu'auDate limite de consommation, sécuritéInterdiction d'utiliser, retrait du stock
À consommer de préférence avantDate de durabilité minimale, qualitéUsage possible sous responsabilité, avec traçabilité

Référence : Articles 24 et 25 du règlement (UE) n° 1169/2011.

Fixer la durée de vie d'une préparation maison

Aucun texte ne fixe une durée universelle pour une préparation réalisée sur place. C'est l'exploitant qui la détermine, en la justifiant dans son plan de maîtrise sanitaire, à partir de la nature du produit, du procédé, et le cas échéant d'analyses.

L'usage professionnel courant retient trois jours pour une préparation froide conservée à + 3 °C, jour de fabrication compris. Cette valeur n'est pas une règle de droit : elle est défendable parce qu'elle est prudente, écrite, et appliquée de façon constante.

La procédure de retrait et de rappel

L'article 19 du règlement 178/2002 impose à l'exploitant qui a des raisons de penser qu'une denrée est dangereuse d'engager immédiatement son retrait, d'informer les autorités compétentes, et d'informer les consommateurs si le produit a pu leur parvenir.

En pratique, la procédure doit tenir sur une page affichée en cuisine, parce qu'elle s'applique un jour de rush, par une personne qui ne l'a jamais utilisée.

  • Isoler physiquement le produit et l'identifier comme bloqué
  • Identifier le lot, les quantités et ce qui a déjà été servi
  • Informer le fournisseur et la direction départementale compétente
  • Informer les consommateurs si le produit est sorti de l'établissement
  • Enregistrer l'ensemble comme non-conformité, avec les décisions prises

Référence : Article 19 du règlement (CE) n° 178/2002.

Une organisation qui tient dans une cuisine réelle

La traçabilité échoue toujours pour la même raison : elle demande un geste supplémentaire au moment le plus chargé. Les organisations qui tiennent sont celles qui rendent le geste plus rapide que son oubli.

  • Un rouleau d'étiquettes et un marqueur à chaque poste, jamais dans un tiroir de bureau
  • Un classeur unique pour les bons de livraison, rangés par mois
  • La rotation premier entré, premier sorti, appliquée physiquement dans les rayonnages
  • Une photo des étiquettes de lot avant destruction de l'emballage, pour les produits d'origine animale
  • Une vérification hebdomadaire des dates, faite par la même personne

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur ce sujet

Un restaurant doit-il tracer ses clients ?

Non. En remise directe au consommateur final, la traçabilité aval s'arrête à la remise du plat. L'obligation nominative concerne les cessions à d'autres établissements.

Combien de temps conserver les bons de livraison ?

Aucune durée unique n'est fixée pour la traçabilité sanitaire. La pratique attendue est d'au moins un an, et les factures suivent par ailleurs les durées comptables.

Peut-on servir un produit dont la DDM est dépassée ?

Oui, sous la responsabilité de l'exploitant, si l'emballage est intact et le produit conforme. Une DLC dépassée, en revanche, interdit tout usage et impose le retrait immédiat du stock.

Faut-il garder les étiquettes des produits d'origine animale ?

Oui, jusqu'à consommation du produit, car elles portent le numéro de lot et la marque d'identification de l'établissement d'origine. Une photo lisible est acceptée quand l'emballage doit être détruit.

La traçabilité peut-elle être tenue sur un logiciel ?

Oui, à condition que les données soient consultables immédiatement sur place et non modifiables rétroactivement. Le contrôle porte sur la capacité à retrouver l'information, pas sur le support.

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